Publié par : Philippe Nantermod | avril 27, 2009

Concilier vie familiale et professionnelle : le défi de nos villes et des entrepreneurs

Pour les Urbanités (http://urbanites.rsr.ch), j’ai répondu à la question: Quelle place et quels dispositifs pour la jeunesse en ville? Voici ma (une) réponse.
La Suisse manque de jeunes. Les changements démographiques des dernières décennies et de celles à venir laissent présager une situation assez grave pour notre pays. Le financement de notre système social est en péril, du moins les institutions couvrant le risque de vieillesse et de maladie. À l’image de l’occident en général, les Suisses font peu d’enfants. Il y a pléthore d’explications à ce problème. Seulement, le résoudre est un travail de titan qu’il convient d’aborder au plus vite. Prenons un cas simple, celui de l’accueil de jour des enfants.
Il faut des crèches. Si ce constat s’impose au regard l’évolution de l’organisation de la vie d’une famille moderne, les moyens pour y parvenir sont assez diffus. D’aucuns réclament des investissements publics faramineux et une action conjointe interventionniste auprès des grandes sociétés pour créer des structures d’accueil.
On est pourtant en droit de se demander pour quelle raison obscure le domaine de la garde des enfants échappe tant aux règles du marché. Le service proposé répond à une demande croissante, on peut même parler de pénurie en la matière. Or, peu ou pas d’entreprises se lancent dans cette brèche.
Il existe plusieurs explications à apporter à ce phénomène. L’introduction d’un bon nombre de lois censées protéger la jeunesse a en réalité rigidifié le système par la mise en place de normes relativement démesurées. Depuis le début des années 1990, on assiste à un mouvement de codification des règles en matière de garde d’enfants. Parallèlement, plusieurs filiales de formation se sont développées un peu partout dans le pays pour disposer d’un personnel dit « qualifié ». En quelques années, les établissements privés ont été transformés petit à petit en établissements semi-publics, quand ils n’ont pas été purement et simplement absorbés par les collectivités publiques. Parallèlement, on a interdit au citoyen dit « non qualifié » de garder un enfant qui n’était pas le sien.
Il est surprenant que, dans un Etat libéral comme le nôtre, après avoir créé les filières de formation, l’Etat se soit cru obligé d’imposer ces diplômes en bloquant l’accès la profession. Un peu comme si les connaissances acquises n’étaient pas suffisamment  valables en tant que telles, qu’il faille une garantie publique en soutien. Je prétends que ces mesures ont davantage servi à justifier l’existence de filières de formation plutôt qu’à améliorer la garde de la petite enfance, tant en qualité qu’en quantité.
En quantité, la pénurie constatée dans certaines villes illustre bien le problème de la surrèglementation.  Dans un marché normal, une telle demande face à un tel déficit d’offre aurait dû pousser des PME à investir le secteur et à proposer des services de garde de jour. Au lieu de cela, c’est l’Etat qui se retrouve pris de court par l’explosion du besoin de places de crèche.
En qualité, c’est cette même pénurie qui pousse à instaurer un système à deux vitesses qui péjore gravement la qualité des services. Si une demande peut être placée sur une liste d’attente, force est d’admettre que l’enfant à prendre en charge n’est pas un numéro et devra bien trouver sa place. Alors que les plus chanceux, malins ou influents bénéficient d’une place quatre étoiles pour leur bambin, les autres sont bien obligés de jongler avec voisins, grands-parents ou encore amis. Au regard de la loi, cette situation est regrettable étant donné que les objectifs concernent tous les enfants, pas seulement ceux qui sont issus de la première catégorie.
Les solutions à ce problème se situent très probablement au niveau d’une flexibilisation des normes en vigueur pour offrir aux entrepreneurs l’opportunité de mettre leur esprit d’innovation au service de la garde de la petite enfance. Non qu’on veuille placer les plus jeunes dans des casiers de gare, il est seulement temps de reconnaître que le privé a su faire ses preuves, tant en matière de qualité des services que dans la lutte contre la pénurie en général.
C’est pourquoi les jeunes libéraux radicaux valaisans ont proposé en 2007 au Grand conseil valaisan un postulat réclamant l’introduction d’un système de validation des acquis pour les mères et pères de famille. Nous estimions qu’une personne qui a consacré de longues années de sa vie à l’éducation de ses rejetons avait l’expérience nécessaire pour s’occuper d’enfants, du moins autant qu’un jeune homme qui a suivi quelques années de formation dans une Haute école spécialisée. Le mécanisme dit de validation des acquis s’applique actuellement aux individus qui bénéficient d’une bonne expérience professionnelle, sans pour autant disposer d’un diplôme équivalent. Appliqué au domaine de la petite enfance, ce serait reconnaître qu’une maman peut être admise comme travailleuse qualifiée dans le domaine de la garde de la petite enfance, et pas seulement comme auxiliaire.
Notre postulat a malheureusement été rejeté, pour une seule voix. C’est dommage. Cela aurait été une expérience intéressante qui aurait peut-être permis de découvrir de nouvelles formes de crèches, qui aurait sans doute amélioré l’offre, et ainsi la qualité du service.
En attendant, le problème reste le même : les jeunes parents sont toujours bien désarçonnés pour trouver une solution à la quadrature du cercle qu’est la conciliation entre vie familiale et professionnelle. Et rien n’indique que l’on voit le bout du tunnel.

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Responses

  1. Salut Philippe!

    Lorsque les Jeunesses Libérales-Radicales valaisannes estiment qu’une personne qui a consacré de longues années de sa vie à l’éducation de ses rejetons à l’experience nécessaire pour s’occuper d’enfant, cela veut dire quoi ?

    Seul le fait d’avoir été parents suffira pour que la validation des acquis soit valable?

    Si votre proposition, qui n’est pas inintéressante, est mise en application quelles seront les critères pour « séparer le bon grain de l’ivraie », car combien d’individus ont été parents mais en exercice totalement inaptent à élever leur progéniture, malgré l’expérience des années.

    Y aura-t-il un examen de passage ou seul un blanc-seing sera nécessaire?

    Peut-être me parleras-tu de la motivation de ses parents souhaitant apporter leur « compétences » et ainsi obtenir cette validation? Et ainsi que les gens aptent sauront se reconnaître le moment voulu.
    Mais combien auront-ils conscience de leur inaptitude à s’occuper de qui que ce soit.

    Si j’écris ainsi c’est que j’exprime mon expérience personnelle. j’ai été élevé par une grande tante, qui malgré ses 59 ans (1979) et bien que n’ayant jamais eu d’enfant, a su m’apporter bien plus que mon père et sa femme.

    Je pense que si des idées doivent s’ouvrir pour améliorer le problème « enfants-adulte-travail, une sélection drastique devra être mise en oeuvre afin d’éviter que le ver (votre proposition) soit pourri par le fruit.

    Les parents « expérimentés ne sont pas une alternative unique.

    • Cher Romain,

      Ton message est intéressant. La validation des acquis passe par un mécanisme d’examen, ou d’évaluation par des personnes du milieu. Le fait de parler de « mère » est enfait un terme générique. Une mère alcoolique qui n’a jamais regardé ses enfants ne pourrait pas obtenir une telle validation, alors qu’une personne ayant élevé les enfants de sa soeur pourrait très bien le faire.

      Le fonds de l’affaire est seulement de reconnaître aussi la pratique et ne pas se limiter comme c’est trop souvent le cas à la seule valeur des papiers de formation.

      Meilleures salutations, à tout bientôt

      Philippe

  2. « Une mère alcoolique qui n’a jamais regardé ses enfants ne pourrait pas obtenir une telle validation, alors qu’une personne ayant élevé les enfants de sa soeur pourrait très bien le faire. »

    La catégorisation (en l’occurrence extrêmement subjective) des personnes est la meilleure manière d’empêcher toute évolution positive.
    On n’est pas loin de l’eugénisme, et donc de dérives morales.

    « pourquoi le domaine de la garde des enfants échappe tant aux règles du marché ». mais heureusement qu’il échappe aux règles du marché ! Celui-ci ayant largement démontré son absence totale d’éthique, voire « d’humanité » (si ce terme a du sens pour toi), insérer le domaine de la garde des enfants dans une logique de marché reviendrait à tuer l’essence du rapport adulte-enfant. Remettre à des entreprises la garde d’enfant me semble être la meilleure manière de cliver encore plus les « chanceux » des autres comme tu dis.
    Ceci étant, la pénurie de crèche ne pourrait-elle pas être réduite si le travail à temps partiel n’était aussi déconsidéré dans la plupart des entreprises ?…
    A+


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