Publié par : Philippe Nantermod | juillet 10, 2009

Les pirates au pouvoir ?

Au risque de paraître un peu râleur et ringard, je peine à m’enthousiasmer pour ce super Parti des Pirates censé réconcilier les jeunes et la politique.

Que les pirates s’installent dans un pays où le droit de référendum se concrétise en réalité lors de l’élection du parlement, je le comprends. En effet, un Français n’a pas beaucoup d’autres choix pour exprimer ses opinions pro-téléchargement que de boycotter un scrutin ou de porter son choix sur un Parti des Pirates. En Suisse, nous avons la chance de disposer d’une palette complète de droits populaires, à commencer par le droit d’initiative.
Les pirates risquent d’être déçus s’ils comptent sur les élections fédérales pour affaiblir la propriété intellectuelle suisse. S’ils obtenaient même 5% des suffrages, cela ne leur laisserait qu’une dizaine de voix au Parlement, chiffre sans doute insuffisant pour créer une majorité dans les deux Chambres. Après avoir échoué au stade du développement avec son initiative parlementaire, Capitaine Crochet se trouverait à traiter budget et comptes pendant quatre longues années, rien de bien excitant pour un vieux loup de mer.
Les pirates pourraient par contre prendre d’abordage la propriété intellectuelle avec une initiative populaire. Une telle démarche serait beaucoup plus cohérente avec leurs objectifs. Leur trésor serait enfoui ainsi au fin fond de la Constitution, immuable pour quelques années.

La route électorale est problématique pour nos institutions. Le rôle d’un élu – pirate ou non – ne se limite pas à prendre position sur un sujet précis, mais à rédiger les lois qui feront fonctionner tout le pays, à exercer la haute surveillance sur les institutions, à choisir les stratégies du pays. Facebook et le peer-to-peer ne sont pas une ligne politique globale, simplement des thématiques somme toute assez secondaires.
La route électorale est aussi problématique pour l’électeur. Chacun n’a que sa voix et doit faire un choix. Il est parfois difficile de trancher entre deux partis aux positions proches. Avec des partis monothématiques, il est carrément impossible de savoir à quel saint se vouer. Préférez-vous donner votre voix aux partisans de la dépénalisation du téléchargement ou à ceux de l’alerte enlèvement. Sachant que les élus sont désignés pour une législature, ces partis rendent illisible la carte électorale.

Il n’est par contre pas admissible de protéger des œuvres sans donner la possibilité d’empêcher leur pillage systématique. Pirater c’est voler, le slogan n’est pas tout faux. Des centaines de milliers de personnes vivent de la réalisation, de la production ou de la distribution de musique ou de films. On ne peut du revers de la main nier à l’industrie du disque un intérêt justifié à tenir la barre. Même les revenus de McCartney ne justifient pas de saborder toute une industrie. Comme souvent, la solution réside dans la nuance. L’adolescent qui télécharge quelques morceaux ne devrait jamais être inquiété. Celui qui tient à jour des serveurs permettant l’accès à des millions de titres a plus de chance d’être inquiété un beau matin.
La musique est aujourd’hui de moins en moins cher, rien ne justifie qu’elle ne devienne gratuite sans le consentement de son auteur.

Mille sabords, la succursale helvétique du Parti des pirates ouvre ce dimanche. Et avec elle, sans doute l’illusion d’un progrès technologico-démocratique.

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