Publié par : Philippe Nantermod | mars 1, 2010

Le prix unique du livre, une mesure pour soutenir l’innovation… aux USA !

Lors de la prochaine session des chambres fédérales, le prix unique du livre va revenir sur le comptoir et sera certainement approuvé. Après quelques mois de libre commerce, voilà que nos élus fédéraux choisissent de revenir aux bonnes vieilles méthodes corporatistes. L’évolution de la société ne plaît visiblement pas à tous et certains croient qu’il suffira de créer une loi pour sauver une forme de commerce qui ne rencontre plus l’adhésion du public.

Les problèmes rencontrés par les petites librairies ne découlent heureusement pas d’un désintérêt pour la lecture. La population suisse est une population de grands lecteurs, le nombre d’universitaires – population particulièrement susceptible de lire – croît année après année, le budget des ménages augmente fortement pour les dépenses liées aux médias (lecture, musique, cinéma, etc.). Le problème des petites librairies n’est pas le problème du livre, mais le problème d’une structure de marché inadaptée aux modes de consommation actuels.

Certains n’ont pas pu ou su s’adapter à l’évolution de la demande du consommateur et veulent un coup de main de l’Etat pour protéger une forme de commerce en perte de vitesse. Si les petites librairies sont dépassées par les grandes, ce n’est pas parce que le consommateur a un pistolet sur la tempe. C’est parce que les services offerts par les chaines pèsent lourd : stock important, libraires aux horaires d’ouverture larges, espace de lecture aménagés, personnel formé et compétent,  prix attractifs. Ces

Cette concentration des espaces de vente est le choix du consommateur. Nous voulons un grand choix à des prix bas, ce que proposent  les grandes chaînes. Le livre n’est pas le premier produit à subir cette évolution : les épiceries de quartier ont quasiment disparu, les petits disquaires sont de plus en plus rares, les kiosks indépendants ne font plus le poids face aux groupes. Pourtant, le pain reste bon, la musique variée et les journaux de qualité. Les petits commerces indépendants souvent réagi à cette évolution en offrant des services nouveaux : une qualité supérieure, des conseils avisés ou encore un choix de produits rares.

Je ne suis pas de ces nostalgiques qui cherchent un caractère sacré dans le livre pour justifier une mesure complètement anachronique. Le livre est un produit comme un autre, vecteur de culture, oui, tout comme le disque et le journal. La diversité de l’offre ne dépend pas du nombre de librairies mais du nombre de lecteurs et brandir la menace de la mort de la culture relève du chantage.

Le dernier cri technologique, les tablettes électroniques, laissent à penser que les appareils numériques concurrenceront demain nos libraires. La vraie bataille se livrera alors entre les vendeurs de livres papier et de livres électroniques. Ces derniers ne seront pas touchés par notre réglementation du prix du livre. Acheté sur Internet, le prix du livre électronique sera indécemment bas face aux ouvrages dans les rayons des magasins. Les vrais perdants du prix unique seront tous ceux qui vendent des livres en Suisse aujourd’hui, petits ou grands. Et les gagnants, les sociétés essentiellement américaines de vente de livres électroniques ou par correspondance.

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