Publié par : Philippe Nantermod | avril 1, 2010

L’art d’enfoncer des portes ouvertes

La volonté du Parti évangélique « d’ancrer » dans notre constitution l’héritage chrétien de la Suisse revient à ajouter une banalité supplémentaire à une charte fondamentale déjà passablement indigeste. Il est évident que notre pays est héritier de la tradition chrétienne, personne n’en a jamais douté, même les plus fervents partisans d’une stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat. Dans le même ordre d’idées, on pourrait aussi inscrire dans le texte fondamental l’affirmation que la terre est ronde ou alors le principe de l’utilisation du système métrique.

La Constitution n’est pas une statue ou un mémorial, c’est un texte de loi que l’on applique au quotidien dans une multitude de domaines. La portée d’un tel article constitutionnel semble de prime abord bien limitée. Il convient de donner une définition à l’héritage chrétien afin de comprendre un peu mieux les éventuelles conséquences concrètes d’une telle modification constitutionnelle.

D’un point de vue politique, la chrétienté s’exprime par les valeurs que nous partageons dans le monde occidental. La tolérance, l’amour de son prochain, le pardon ou le libre arbitre sont autant d’héritages chrétiens grâce auxquels lesquels la conception moderne de l’Etat s’est développée. Notre Suisse solidaire, respectueuse de l’individu et garantissant nombre de libertés est l’expression même de ces valeurs chrétiennes.

Contrairement à ce qu’affirment les auteurs de l’initiative, l’héritage chrétien ne saurait se résumer au crucifix accroché au-dessus du tableau noir aux cloches à Pâques ou aux chants de Noël. S’il fallait vraiment affirmer un peu plus les valeurs chrétiennes dans la Constitution, il conviendrait certainement de revoir l’article sur les minarets qui n’est pas véritablement ce que l’on a fait de mieux en matière de charité chrétienne.

En réalité, ancrer l’héritage chrétien dans la constitution relève d’un objectif pas très catholique : vexer tout ceux qui ne s’affirment pas chrétiens. Athées, agnostiques, musulmans, bouddhistes, considérez-le pour dit: vos croyances sont tolérées mais considérées comme secondaires, il aura été décidé qu’elles ne font pas partie de notre héritage culturel. La laïcité n’a jamais eu pour but de renier notre passé et nos valeurs, mais permet d’assurer une certaines stabilité entre les religions. L’initiative projetée est au contraire la négation de ce principe.

La Suisse s’est construite sur la résolution d’une guerre de religions. Il semble que nos vieux démons nous rattrapent aujourd’hui. Au XIXe siècle, c’est une laïcité forte qui avait permis d’éviter que le conflit ne se rallume. « Ancrer » dans la constitution les valeurs chrétiennes n’est qu’un moyen de souffler sur les braises réapparues un certain 29 novembre 2009.

Cette initiative révèle enfin un grand manque de confiance. Celui qui vit harmonieusement sa foi ne sent pas la nécessité d’aller l’inscrire dans sa constitution. Je crois en Dieu et je suis catholique, je ne me sens pas pour autant le besoin de le crier sur les toits, de récolter des signatures et faire voter le peuple pour m’en convaincre.

Publié dans 24 Heures, le 31 mars 2010

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